[Article #5] La Bourgogne à l'aube de 2020 : opportunités et incertitudes

Par Gabrielle Vizzavona

Vendanges 2019 : petites quantités, grande qualité

Le millésime 2019, avec 1,2 million d’hectolitres, est le plus petit millésime en volume depuis 2003. La baisse estimée par rapport à 2018 est de 35 %. La responsable est une météo acharnée, mêlant gels de printemps, floraison compliquée et canicule estivale. Cette infortune aura malgré tout un impact limité, car elle survient après que les millésimes 2017 et surtout 2018 aient renfloué les caves et permis aux vignerons de constituer une petite réserve de stock. « Nous sommes dans une moyenne basse, mais nous pouvons approvisionner nos marchés », rationalise Louis-Fabrice Latour, président du BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne) et PDG de la Maison de négoce Louis Latour. Malgré des quantités moindres, le réchauffement climatique permet des maturités plus faciles à atteindre, et la décennie qui s’achève a engendré plusieurs grands millésimes. « Il y a un engouement pour la viticulture de terroir, la qualité a joué un rôle majeur dans la popularité des vins de notre région et correspond à la demande » poursuit Louis-Fabrice Latour. De nouveaux marchés, comme l’Asie, se tournent enfin vers elle, pleins de curiosité et de ferveur. Ainsi, la Chine, qui demeurait en retrait, commence à s’intéresser à la Bourgogne malgré sa grande complexité, en atteste la hausse de + 40,2 % en volume et de 29,6 % en valeur des exportations les 8 premiers mois de 2019. « Le consommateur chinois cherche d’autres goûts, et la Bourgogne est l’étape naturelle après le bordeaux. Cela passe en partie par la compréhension du cépage » estime Guillaume Deglise, PDG de la Maison Albert Bichot.

 

Record de chiffre d’affaires à l’exportation, vigilance et opportunités

 

Le ciel reste bleu, et un record spectaculaire d’un milliard d’euros à l’export a été franchi les douze derniers mois. Mais gare à ne pas crier victoire trop vite ! L’opportunité et le risque poussent parfois par la même racine : le monde a soif de Bourgogne, et les quantités sont limitées. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande ouvre la voie à une nouvelle montée des prix et à la spéculation. La Bourgogne doit rester vigilante ; « il faut éviter une Bourgogne un peu chère, un peu arrogante, nous en avons bien conscience, nous savons ce que nous avons à faire », met en garde Louis-Fabrice Latour. « Les vignerons doivent comprendre que le marché ne pourra pas accepter des hausses de prix déraisonnables, même quand les quantités sont faibles. Il faut faire le dos rond » enchérit Guillaume Deglise. Il faut dire que la montée des cours des vins de Bourgogne a déjà été considérable ces dix dernières années ; les prix à la propriété ont doublé en 10 ans. Le Bourgogne rouge, qui s’échangeait à 500 euros le fut en 2009 s’achète désormais 1000 euros. Le challenge est de freiner la spéculation, difficile à éviter pour les grands crus et les premiers crus. L’opportunité est de vivifier les appellations régionales, ainsi que les climats de la Côte Chalonnaise et du Mâconnais qui deviennent en comparaison très attractifs pour les amateurs. L’appellation régionale Bourgogne progresse, ainsi que les appellations village de la Côte Challonnaise (Mercurey en tête). Le crémant de Bourgogne surfe quant à lui sur la vague de la bulle et se positionne avec succès sur les marchés extérieurs : aux États-Unis, il progresse de 21,2 % en volume et 18,1 % en valeur sur les 8 premiers mois de 2019.

 

L’incertitude américaine

 

 La Bourgogne est la région viticole de France qui a le taux d’export le plus élevé, avec 55 % des volumes expédiés à l’étranger. En 2019, les États-Unis confirment et renforcent leur place de premier marché pour le Bourgogne (ils comptent pour 24 % de ses exportations, avec une progression significative de + 6,1 % en volume et + 8,2 % en valeur enregistrée les 8 premiers mois 2019), mais l’instabilité politique et économique du pays tétanise plus d’un vigneron. On commence à constater l’impact des taxations imposées par Trump sur le marché américain, et cela inquiète vivement. « Bon nombre de distributeurs ont annulé les commandes pour ne pas payer la taxe, avec pour conséquence une perte de moins 13 % en volume en novembre sur les expéditions vers les États-Unis » relate Louis-Fabrice Latour.

 

 Si la Bourgogne est au climax de sa séduction, il est indispensable que les prix soient contenus pour éviter une déconnexion trop importante des prix au marché, surtout en ces temps où de si nombreuses inconnues subsistent.

 

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